Asmâ bint Abû Bakr

Publié le par FM

Asmâ' al-Qurashiyya, al-Taymiyya, Umm 'Abd Allâh est fille de sayidinâ Abû Bakr et elle est également connue sous son surnom de "femme aux deux ceintures" (nous allons bientôt voir pourquoi) ; elle épousa al-Zubayr b. al-'Awwâm et notre dame 'Âisha, la mère des croyants, est sa (demi) soeur.


Asmâ' était plus âgé que 'Âisha d'une dizaine d'années ; elle fut l'une des toutes premières à se convertir (la dix-sept ou dix-huitième selon les sources) et sa famille compte des compagnons sur quatre générations : son père, son grand-père et son fils, tous furent en effet des compagnons du Prophète -sur lui la grâce et la paix.


Sa belle-mère n'est autre que Safiyya bint 'Abd al-Muttalib, tante maternelle de l'Envoyé de Dieu et l'une des poétesses favorites de la tribu de Quraysh.





La femme aux deux ceintures

Lors de leur Hégire, l'Envoyé de Dieu et son compagnon Abû Bakr se réfugient dans la grotte de Thawr ; celle-ci présente l'avantage d'une situation en hauteur qui doit leur permettre de mieux se dissimuler. Mais dans la hâte du départ, ils ont oublié d'emmener des provisions avec eux.

C'est Asmâ' (elle est encore une toute jeune femme) qui va se charger de les leur amener. Six ou sept kilomètres la séparent du Prophète et de son père, elle les parcourt de nuit sur des rochers basaltiques durs et tranchants et s'en retourne avant l'aube de crainte de se faire repérer. Lorsque l'Envoyé décide de partir, la jeune fille qui vient de leur apporter les provisions comme à l'accoutumée ne sait comment les mettre en paquet. Elle défait alors sa ceinture qu'elle déchire en deux et d'une moitié elle fait un paquet, tandis qu'elle remet l'autre autour de sa taille ; à dater de ce jour, elle recevra le surnom de "femme aux deux ceintures" en vertu de la promesse que lui a fait le Prophète : "Pour cette ceinture, Dieu t'en revaudra deux autres en Paradis."
Asmâ' comme bien des compagnons sera exposée aux brimades des Qurayshites ; Abû Jahl lui administrera même une gifle si violente qu'il en arrachera sa boucle d'oreille.

Un jour qu'Abû Bakr avait réuni tout son argent afin de le porter au Prophète, Abû Quhâfa, son père, vint prendre des nouvelles des siens : "Sans doute ne vous a-t-il rien laissé, ni ses biens ni même sa personne ?" demanda le veillard aveugle à ses petits enfants."

-Tu n'y es pas du tout, grand-père", lui dit alors Asmâ' qui s'empressa de remplir un sac de cailloux qu'elle lui tendit afin de le rassurer."
-Voici tout ce qu'il nous a laissé." Il soupesa le sac et exprima sa satisfaction en ces termes : "Il a bien fait de vous laisser cet or ; cela devrait vous suffire."
"En vérité, rapporte Asmâ', mon père ne nous avait effectivement rien laissé, mais je n'avais dit cela qu'afin de le calmer."




Son mariage

Asmâ' épousa al-Zubayr à la Mecque. Lorsqu'elle accomplit l'Hégire, elle était enceinte de son fils 'Abd Allah dont elle accoucha à Médine et qui fut le premier nouveau-né musulman à voir le jour après cet événement capital.


Epouse modèle, elle ne se contentait pas seulement des travaux domestiques mais s'occupait aussi du cheval de son épaux qu'elle bouchonnait, nourrissait, abreuvait sans que cela eut l'heur de plaire entièrement à son mari. Al-Zubayr se montrait en effet assez dure avec sa femme et celle-ci s'en plaignit un jour à son père qui l'exhorta néanmoins à la patience.



Asmâ' était connue pour sa générosité qu'elle avait hérité de son père Abû Bakr et, selon ce qu'elle rapporte, c'est le Prophète lui même qui lui avait conseillé cette vertu : "Tandis que je mettais de côté des denrées après les avoir pesées, le Prophète qui passait devant moi me dit : "Asmâ', ne retiens rien par-devers toi, car Dieu ferait aussi des comptes avec toi."
Depuis ce jour, je n'ai plus rien comptabilisé, ni ce qui entrait chez moi ni ce qui en sortait, et chaque fois que quelque chose venait à manquer, Dieu le remplaçait aussitôt.


A ce sujet, son fils nous a laissé ce témoignage : "Je n'ai jamais vu de femmes plus généreuses que ma mère et sa soeur 'Âisha ; cette dernière amassait lentement du bien qu'elle redistribuait ensuite en fonction des besoins. Quant à ma mère (litt. quant à Asmâ'), elle ne gardait jamais rien pour le lendemain."


Elle était également connue pour sa piété et ses connaissances en matière de fiqh. Son époux rapporte qu'entrant un jour chez lui, il la trouva en train de prier récitant la sourate "Le Mont Sinaï". Il en ressortit alors qu'elle était parvenu au verset : Dieu nous a accordé Ses libéralités et nous a préservés du châtiment du Samûm. A son retour elle répétait encore ce même verset.
De plus, elle était versé dans cette médecine théurgique dont elle avait éprouvé l'efficacité en différentes occasions.

On rapporte que le Prophète avait même posé sa main bénie sur son voile alors qu'elle était atteinte d'une tumeur au visage en récitant cette invocation : "Au Nom de Dieu, [mon Dieu], fais disparaître ce mal peu joli à voir (fuhsh) grâce à l'invocation de ton Prophète bienfaisant, béni et fermement établi auprès de Toi. Au Nom de Dieu !" Puis il lui ordonna de répéter l'invocation trois jours durant, et au bout de ce laps de temps, la tumeur disparut.


Elle soignait parfois les fièvres en faisant plonger le malade dans l'eau, cela en se basant sur cette parole du Prophète : "La fièvre est un souffle de la Géhenne ; rafraîchissez la avec de l'eau !"




Al-Hajjâj

L'opposition entre 'Abd Allah b. al-Zubayr et le calife 'abd al-Malik b. Marwân est trop connue pour être relatée dans le détail et ce n'est pas ce qui nous interesse ici.

Retenons simplement qu'après avoir été dépossédé de l'Irak, du Yemen et du Hijâz 'Abd Allâh b. al-Zubayr se retrouva encerclé à la Mecque et que le gouverneur de l'Irak, al-Hajjâj b. Yûssef n'hésita pas un instant à faire pilonner la Ka'ba par ses catapultes pour arriver à ses fins tout en proposant à 'Abd Allâh les honneurs et la gloire s'il consentait à se rallier au calife omeyyade. Ecoutons la réponse que fit la mère à son fils lorsqu'il lui demanda conseil, en ayant présent à l'esprit que ce dernier avait déjà entamé ses soixante et dix ans : "Prends garde à Dieu ! Prends garde à Dieu, mon fils ! Si tu es convaincu d'appeler les hommes à la vérité, continue ton combat. Ne ploie pas la nuque devant ces jouvenceaux omeyyades qui se joueront de toi ; si c'est ce bas monde que tu désirais jusqu'ici, quel détestable serviteur tu faisais ! Si c'est le cas, tu auras entrainé à leur perte tous ceux qui étaient avec toi tout en périssant toi-même.

"Si tu me dis maintenant : j'étais dans le vrai, mais ma résolution a faibli à cause de la faiblesse de mes partisans, sache que ce ne sont là ni les paroles d'un homme libre, ni celles d'un homme vertueux. Combien de temps comptes-tu demeurer encore en ce monde ? Périr assassiné est la meilleure chose qui puisse t'arriver ici-bas, car, par Dieu, mourir d'un coup de sabre dans toute sa gloire vaut mieux que de recevoir le bâton dans l'avilissement.
-Mère, je crains que les gens du Shâm, s'ils arrivent à me tuer, me crucifient et me mutilent !

-Mon fils, la brebis morte ne craint pas de se faire dépecer !"
'Abd Allâh embrassa sa vaillante mère sur le front et s'en retourna aussitôt au combat où il fut bientôt tué. Il en fut comme il l'avait redouté : Al-Hajjâj le fit crucifier et le laissa plusieurs jours sur sa croix. Sa mère eut alors cette invocation : "Mon Dieu, ne me fais pas périr avant d'avoir pu lui passer du camphre sur le corps et l'avoir enterré." Peu après on lui amena le corps de son fils afin que son voeu soit exaucé et elle l'enterra de ses mains en dépit de sa cécité.

Al-Hajjâj vint lui rendre visite une fois son forfait accompli pour lui demander ce qu'elle pensait du traitement qu'il lui avait fait subir. "Tu lui as gâché la vie en ce bas monde, mais il pourrira la tienne dans l'au-delà. L'Envoyé de Dieu nous avait du reste informé que la tribu de Thaqîf donnerait le jour à un menteur et à un prédateur. Le menteur, nous l'avons déjà vu : il s'agit d'al-Mukhtâr al-Thaqafî. Quant au prédateur, je ne vois pas qu'il puisse s'agir d'un autre que toi !"


Décontenancé devant tant de fermeté, al-Hajjâj la quitta sans prononcer un mot. Elle mourut en l'an soixante treize de l'Hégire, quelques jours après son fils : elle avait plus de cent ans et était le dernier des compagnons vivants à avoir accompli l'Hégire.





Publié dans Femmes Pieuses

Commenter cet article