Nomades, sédentaires, citadins

Publié le par FM

Aux marges du désert et dans les oasis se tiennent des groupes sédentaires qui entretiennent avec les Bédouins des relations obligées et consenties. Les échanges concernent les biens nécessaires. Les premiers fournissent aux seconds des dattes, des vêtements, quelques objets manufacturés qui sont troqués contre des bêtes et surtout contre une protection.

Les nomades assurent les oasiens contre les raids des autres nomades. Ils protègent les biens de quelques uns et convoitent le reste. Ce contrat s'applique aux caravanes qui ne peuvent refuser les guides et les escortes.

Les convois attirent les tribus nomades. Elles sont nombreuses et incontrôlées, miséreuses et orgueilleuses. Par nécessité de survie, elles pratiquent la razzia selon un code de l'honneur qui évite, si possible, la mort d'homme et le rapt des femmes et des enfants pour ne pas s'exposer au droit de la vengeance. Le coup de force est rapide et circonstancié, il s'agit de capturer le bétail d'autrui, les biens légers qui font défaut aux moments de précarité et d'éviter les dérives vers la guerre.

L'historiographie arabe ne cesse d'opposer la fidélité et le bon vouloir des sédentaires et l'opportunisme des Bédouins, ou leur sens du gain, comme leur refus à combattre sans risque, ou enfin leur inculture.

La figure du nomade, guerrier monté, pasteur et errant, évoque la liberté totale et le dénuement, elle exagère la fierté de l'apparence et de l'appartenance. L'aridité et l'aristocratie se contredisent et s'accordent pour jouer sur le registre de l'honneur et de l'hospitalité. Plus tard, la distinction coranique entre gens du livre (les citadins et les villageois fervents) et gens de l'épée (les nomades intéressés au butin) viendra redire la difficulté à fédérer les nomades et à faire taire leur tradition de la dissidence et du défi.

Mais matériellement et économiquement, les sous-ensembles sont solidaires et dépendants. La disparition du sédentaire entraînerait celle du nomade qui a besoin d'installations fixes, du commerce urbain, d'une production agricole minimale. Les nomades en remontrent aux cultivateurs et aux marchands, pour vaincre leur réticence, mais sans pouvoir ni les soumettre entièrement, ni moins encore les éliminer.

Dans cette société sans police, ni loi écrite, les équilibres entre les parties sont fragiles et le système des valeurs règle les rapports.

Source : Le monde arabe



Publié dans Civilisation Arabe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article